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Intervention psychologique en ligne. Où en sommes-nous?



Ixelles
homme

Membre depuis le 22/04/2011
5 messages

Posté :

Je suis actuellement impliqué dans le développement d'un projet de consultance psychologique en ligne et à ce titre je me questionne sur tous les aspects qui concernent la transposition de techniques d'intervention psy sur le net.

Ce sujet est d'ordre général et a pour but de prendre connaissance de vos avis sur la question.

Comme point de départ de la discussion j'ai choisi une interview de John M Grohol, directeur du site PsychCentral et précurseur en la matière.

L'entretien étant en anglais, je vous propose l'article publié sur Psychomedia (excellent site d'information psy canadien):

Citation:
"Quel est l'état de la psychothérapie en ligne? Voici la réponse du psychologue américain John M Grohol, fondateur et directeur du site PsychCentral, l'un des rares sites d'information en psychologie qui était déjà présent sur internet lorsque Psychomédia a été mis en ligne 1996.

Pendant quelques années, à partir de la fin des années 1990, il a participé au développement d'une entreprise (HelpHorizons) offrant des services de psychothérapie en ligne. Sa réponse concernant les possibilités de la psychothérapie en ligne, dit-il, n'a pas beaucoup changé dans la dernière décennie car peu de choses ont changé dans le domaine.

Il ne manque pas de professionnels disposés à faire l'expérience de la thérapie en ligne. Plus d'un millier s'étaient inscrits au service offert par HelpHorizons au début des années 2000. Mais peu de consommateurs souhaitaient utiliser le service et cela demeure le problème pour la thérapie en ligne, dit-il.

Une façon de développer une entreprise offrant un service de thérapie en ligne est de le proposer à des programmes d'assurance santé qui peuvent offrir cette modalité de consultation comme bénéfice additionnel aux personnes couvertes par un plan. L'idée est que l'assureur peut économiser si une personne couverte utilise le service en ligne plutôt que la consultation en face-à-face (la consultation en ligne étant généralement un peu moins dispendieuse, mais pas de façon significative lorsqu'effectuée par chat direct ou par vidéo comme Skype). Mais de telles expériences ont résulté en un faible taux d'utilisation de ces services et en conséquence par l'annulation de contrats par les compagnies d'assurance.

En interrogeant des consommateurs ayant utilisé ces services sur les raisons pour lesquelles ils ont cessé leurs consultations, deux facteurs émergent, rapporte Grohol: le coût des sessions et la qualité de l'expérience.

Il est possible en général de suivre une thérapie en face-à-face pour un coût moindre (puisque cette dernière peut, dans une grande proportion des cas, être remboursée en partie par des assurances) ou un coût légèrement supérieur. Et, les consommateurs préféreraient "l'authenticité" du face-à-face.

Par ailleurs, bon nombre des avantages de la thérapie en ligne (flexibilité et coût) sont annulés lorsque la thérapie n'est pas asynchrone (les deux personnes pouvant être connectées à des moments différents au moyen d'un e-mail sécurisé, par exemple) mais synchrones (les personnes devant être connectées en même temps). Si le thérapeute doit passer la même quantité de temps pour parler en direct (que ce soit par Skype, chat room, ou messagerie texte), le prix est à peu près le même que pour des sessions en face-à-face. S'il faut planifier des rendez-vous en ligne, aussi bien rencontrer un thérapeute en face-à-face, considèrent plusieurs.

Cette application particulière de télésanté, conclut Grohol, est particulièrement appropriée pour les gens qui vivent dans des zones rurales où ils ne peuvent pas rencontrer de thérapeute sur place. Mais ce marché est petit. La psychothérapie en ligne a-t-elle un futur? Pas dans les prochaines années, juge-t-il."

http://www.psychomedia.qc.ca/psychotherapie/2011-01-12/comment-evolue-la-psychotherapie-en-ligne


Exercer dans le champs de la psychologie en ligne comporte deux difficultés majeures, la première, relative au fait de tout simplement se mettre à son compte et la seconde au fait de devoir transposer sur un média 2D une grande partie du travail psy qui est en 3D (je fais référence ici au contact réel de la rencontre entre deux humains).

Depuis presque un an, j'ai ouvert un site de conseil psy et à l'heure du premier bilan, je ne trouve pas de raison d'être aussi pessimiste que John M Grohol (peut-être se doit-il de l'être pour défendre son bout de gras, mais bon...)

Les personnes que j'ai suivies jusqu'ici étaient des adultes victimes d'abus sexuels dans leur enfance et ont préféré le travail psy sur le net pour contourner leurs résistances provoquées par la honte qu'ils éprouvaient. Dans ce cas, donc l'internet a été un élément déterminant dans le cheminement de ces personnes vers un mieux-être.

Dans tous les cas, les raisons qui ont mis un terme aux suivis étaient d'ordre économique et ce n'est pas expressément en lien avec la pratique du net, vu que je ne demandais pas plus qu'un conseiller 3D.

Voilà un peu les premiers éléments que je laisse à votre disposition pour nourrir je l'espère votre réflexion et susciter le débat.



Membre depuis le 27/05/2006
19 messages

Posté :

Ce sujet est très intéressant, merci.
D'abord réfractaire de manière instinctive à ce genre de pratique,je me suis dit: "ne sois pas réfractaire juste par conservatisme idiot". Alors j'ai lu quelques "études" sur le sujet et j'ai regardé les sites internet de certains praticiens.
Certains considèrent la cyberthérapie comme une pratique à part entière, d'autres disent la réserver au patient-client qui habite dans un bled perdu à peine répertorié sur les cartes d'état major ou nul psychologue n'a jamais mis les pieds depuis plus d'un siècle.
Enfin une troisième catégorie dit qu'il faut faire un mix de virtuel et de réel.
Bon...
La seule question que je me pose, c'est : sachant que la thérapie est une communication et que la majeure partie de la communication est analogique (oui, je sais, il y a les emoticones et les webcams), comment fait le thérapeute pour aider en perdant la majeure partie de l'information?



Liège
femme

Membre depuis le 20/02/2006
1234 messages

Posté :

La seule question que je me pose, fredd :
c'est : sachant que la thérapie est une communication et que la majeure partie de la communication est analogique (oui, je sais, il y a les emoticones et les webcams), comment fait le thérapeute pour aider en perdant la majeure partie de l'information?

Perso, je dirais que certaines analogies peuvent aussi passer par le net.
Enfin, ce ne seront pas n'importe quelles personnes, à mon avis, qui s'inscriront dans ce type de démarche ?
Cette approche pourrait rencontrer certains types de défenses, certainement et ouvrir peut-être la voie à une prise en charge plus "classique" ou intensive par la suite ?



Psychomotricité, Autisme et Psychose chez l'enfant.
Soins précoces et prévention. Quelle pratique pour le psychomotricien ?
Liège, le 26 Avril 2013
www.airelibreasbl.be



Ixelles
homme

Membre depuis le 22/04/2011
5 messages

Posté :

La première remarque soulevée par les professionnels du secteur et par le public est relative au manque de confiance que suscite le média internet dans la mesure où celui ci supprime ou altère en partie ce qui constitue une grande partie d'une relation humaine basée justement sur la confiance : la communication non verbale.

C'est en effet aller à contre courant que de proposer une approche clinique qui court-circuite la dimension infra verbale et gestuelle de la communication. Toutes les disciplines médicales et para médicales modernes
portent une attention particulière aux messages véhiculés par d'autres canaux que celui du langage parlé et permettent ainsi une approche globale de l'individu en souffrance. La psychologie en ligne ne remet toutefois pas en cause ce postulat de base.

Considérons à présent ces catégories nosographiques où c'est la relation non verbale qui est en cause d'une manière ou d'une autre dans la rupture de l'harmonie communicationnelle. Il ne s'agit pas ici d'en faire une liste exhaustive, mais simplement d'en passer quelques une en revue à l'aulne de différentes expériences rencontrées au cours de ma pratique.

J'ai été surpris en débutant mes consultations en ligne de constater qu'une grande partie des personnes qui ont souhaité entamer un travail psychologique sur un longe terme étaient des adultes ayant subi des abus sexuels pendant leur enfance. Ils expliquaient d'eux-mêmes que c'est la honte qu'ils ressentaient d'une part qui leur empêchaient de consulter dans un premier temps, et d'autre part que passer par une messagerie instantanée telle que MSN (sans webcam) leur facilitaient énormément la prise décision de demander conseil. Le net donc a ici été un élément déterminant dans la prise en charge.

Ensuite, sur la dizaine de cas dont j'ai eu à m'occuper depuis presque un an à présent, trois concernaient des personnes en décompensation dépressive et se trouvaient en situation de grand isolement psychologique. Ayant fait le vide autour d'elles, il leur étaient devenu quasi impossible de s'adresser à qui que ce soit pour trouver un soutien moral. Ici aussi, internet s'est révélé être le paramètre déclencheur dans l'entame d'un travail psychologique.

Enfin, le forum que j'ai mis à disposition des internautes connaît une belle affluence, il est possible en effet d'y obtenir gratuitement un pré-diagnostic et une pré-orientation en 48h. L'anonymat y est totalement garanti et les personnes qui publient leur problématique le font quelque soit l'heure, ce qui semble représenter une commodité importante à leurs yeux.

En conclusion, bien que la communication non verbale soit l'élément essentiel de l'établissement d'une relation humaine de confiance entre patient et pourvoyeur de soin, il existe des cas où cette communication est le problème.

L'intervention psychologique en ligne peut représenter une solution efficace et pertinente pour débloquer ces situations délicates où des émotions comme la honte, la peur de l'autre ou l'isolement psychologique inhibent toute initiative de demande de soins.



femme 34 ans

Membre depuis le 10/08/2010
125 messages

Posté :

Je pense que ça peut être intéressant comme première approche, le premier contact avec le psy est tellement stressant, rien que le fait de passer le coup de fil est déjà difficile alors passer la porte...
A mon avis, pas mal de personnes n'osent "affronter" le psy en face à face et ce système pourrait être une mise en confiance pour peut-être déboucher sur une relation thérapeutique plus classique, telle qu'on la connait en face à face...



Membre depuis le 27/05/2006
19 messages

Posté :

Merci pour votre réponse.



Membre depuis le 19/07/2007
57 messages

Posté :

bonjour,

j'ai fais mon mémoire de psychologie sur ce sujet il y a quelques années, vous y trouverez toutes les discussions actuelles, les règles et consensus ainsi que tout ce qui est considéré comme important par les personnes impliquées dans ce débat aux états unis... ainsi que 2 études expérimentales sur le sujet
www.therapie-systemique-breve.be
dans la section lecture, vous trouverez le mémoire téléchargeable sur la deuxième page
si vous avez des questions n'hésitez pas
j'ai participé à la réfection sur le service en ligne de www.psy.be et j'ai été intervenant sur ce même service

je vous conseille également de lire les infos sur le site de Grohol, je suppose que vous avez déjà fait cela vu que vous le citez
vous pouvez également lire celui de John suler qui est un des acteurs majeurs de ce domaine:
http://users.rider.edu/~suler/psycyber/psycyber.html
son site est tellement complet qu'il est aussi long qu'un livre papier ^^ c'est très complet
vous avez également différents documents et articles publiés par l'ismho https://www.ismho.org/home.asp


Jérémy Royaux



Ixelles
homme

Membre depuis le 22/04/2011
5 messages

Posté :

@Blackshad: Merci pour toutes ces informations.

Mon sujet n'a pas pour unique but de faire le point sur la situation de l'évolution de l'intervention psy en ligne, mais également le partage d'analyse et d'expérience pratique dans ce domaine.

Peut-être estimez-vous que ce forum n'est pas la plus adéquat.


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